
La réalité du Malamati
Par le passé, beaucoup de maîtres soufis (dont Ibn Arabi) catégorisaient les saints en fonction de leur rang auprès de Dieu.
S’il y a bien une catégorie qui revenait souvent, c'est celle du Malamati (l’homme du blâme).
Aujourd’hui nous avons tendance à désigner très rapidement une personne de Malamati. J’entends même des gens se réclamer de cette catégorie.
De mon humble point de vue, seul Dieu connaît la place de chacun auprès de Lui. Se désigner Malamati est un jeu du nafs qui adore, précisons-le, nous jouer des tours.
Être Malamati ne consiste pas à accomplir des actions contraires à la Sharia, quand bien même intérieurement nous pouvons ressentir au quotidien Sa présence. Sinon il existerait des millions de Malamatis dans le monde. En effet, je ne m’étalerai pas sur ce sujet dans cet article, mais une pratique extérieure de l’Islam ne veut pas forcément dire connaître la réalité divine sommeillant en nous. Et de la même manière, nous pouvons connaître cette réalité sans pour autant être assidu dans la pratique religieuse.
Mais à ce moment-là qui est véritablement le Malamati, cet homme du blâme décrit dans les ouvrages soufis ?
Le Malamati, est déjà une personne qui vit au quotidien dans Sa contemplation. Mais sauf que son travail pour cheminer en Lui se passe différemment. Disons qu'Il a une exigence particulière à son égard. Il part du principe que pour gagner Son agrément (Nafsi marziyye), il doit faire accepter à son nafs la critique et le rejet des autres. Le Malamati est constamment dans cette optique.
Sa réalité est particulière parce que plus il se fait ignorer et critiquer, et plus sa contemplation et sa vision des attributs divins se perfectionne.
Autrefois, la méthode la plus simple consistait à faire des actes répréhensibles au niveau de la Sharia. Cette technique propre au Malamati est aujourd’hui peut-être valable dans le monde musulman. Mais en Occident son travail a lieu autrement, et chaque Malamati a sa propre méthode.
Mais le véritable Malamati n’en ressort pas chagriné de la critique, au contraire il en ressort renforcé dans Sa contemplation et la pacification de son nafs. Cet homme se dit « plus on me rejette plus je fais accepter ça à mon nafs, et plus je Le vois satisfait de moi dans ma contemplation. » Et effectivement, le sourire du Seigneur se manifeste en retour dans Sa contemplation...
Le Malamati vit pour ça au quotidien, remporter Son sourire...
Et si pour remporter cette contemplation il doit se faire critiquer par les gens, il l’accepte à cœur joie.
Le Malamati tire ainsi une jouissance sans fin du rejet et de la critique.